Intérieur de musée

Photo d'illustration sans lien direct avec l'article. Source de l'image: Mochammad Algi (Pexels)

En octobre 2026, des publications largement partagées sur les réseaux sociaux ont affirmé que le chef de l'État colombien avait formellement exigé le retrait de plusieurs œuvres et archives LGBTQ+ exposées au Musée national de Colombie à Bogotá. Le texte soutenait que la figure conservatrice Abelardo de la Espriella, faussement désigné comme président de la République, avait qualifié l'art homosexuel de fléau menaçant la cohésion nationale lors d'une allocution au ministère de la Culture. Or, les vérifications conduites auprès des registres institutionnels établissent qu'il s'agit d'une information fallacieuse forgée de toutes pièces par intelligence artificielle.

L'examen attentif du contenu d'origine met en évidence la présence du bandeau d'avertissement « Contenu IA » apposé par le réseau social émetteur, certifiant le caractère algorithmique et fictif du texte. Par ailleurs, l'affirmation se heurte à une inexactitude politique fondamentale : Abelardo de la Espriella est un avocat pénaliste et polémiste privé qui n'a jamais exercé la magistrature suprême. Le président constitutionnel en exercice de la Colombie est Gustavo Petro. Dépourvu de la moindre charge publique au sein du pouvoir exécutif, De la Espriella ne dispose d'aucune autorité légale pour dicter des consignes de conservation au Musée national ou au ministère de tutelle.

Cette supercherie numérique a exploité des références patrimoniales bien réelles pour paraître crédible. Les pièces mentionnées, telles que l'étendard historique de la militante lesbienne Elizabeth Castillo, les clichés d'archives de la marche des fiertés de 2004 et les exemplaires de la revue pionnière La Ventana Gay, constituent de véritables témoignages documentaires conservés par le musée d'État. L'infox a greffé ces repères mémoriels authentiques sur un scénario d'épuration idéologique imaginaire, complété par de prétendues ruptures diplomatiques, afin de susciter de vives inquiétudes.

Sur le plan institutionnel, cet incident illustre les dérives croissantes de l'IA générative lorsqu'elle est employée pour fabriquer de fausses déclarations d'autorité étatique. En instrumentalisant les clivages sur les libertés fondamentales et en usurpant les attributs du pouvoir exécutif, ces manipulations perturbent la sérénité du débat public. Cette fausse information confirme la nécessité déontologique de confronter systématiquement toute déclaration relative aux politiques publiques aux sources officielles pour préserver la vérité journalistique.

Équipe éditoriale sud-américaine: Diego Álvarez

Source: D'après les bulletins des agences de vérification des faits et les annales de l'État colombien

Sources documentaires

Présidence de la République de Colombie - Portail officiel

Musée national de Colombie (Museo Nacional de Colombia)

Ministère des Cultures, des Arts et des Savoirs de Colombie